Accepter le printemps

Mis à jour : mars 21

J’ai beaucoup hésité avant de me mettre à écrire ces derniers jours. Sur quel sujet ? A quoi bon ? Et pour qui ? Est-ce utile ? Est-ce nécessaire ? Et finalement, je le fais car c’est ma seule arme. Comme un traitement non invasif, comme un médicament. Je tente. Je partage.


Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de prendre la plume en français pour ce nouvel article. Pourquoi pas en anglais cette fois-ci ? Tout simplement par simplicité. Et aussi par souci de précision millimétrée. Parce qu’il est plus facile de manier les nuances dans sa langue maternelle. Une langue-refuge. Et ce besoin impérieux de me lover dans un cocon.


Depuis quelques jours, j’ai perdu le Nord. Je suis coach professionnelle. Je me connais bien. J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années en entreprise. Tout cela devrait me permettre d’aborder les événements récents avec sérénité. Oui. Peut-être. J’essaie. Comme tout le monde. Sans boussole.


L’incertitude quotidienne met à mal mes capacités d’adaptation. On se sent tout petit. Je me sens moins libre. Et aussi, j’ai envie de relativiser. J’ai de la chance. Je respire librement. C’est la base.

Chaque heure qui passe est une victoire. La santé revient au cœur de mes préoccupations. L’ordre naturel des choses reprend sa place. Une épidémie a le mérite de rebattre les cartes. Que serions-nous sans les soignants ?


Sans la santé physique, rien n’est possible. C’est un prérequis. Le souffle est essentiel. Le mouvement est nécessaire. Alors, comment respirer et continuer à se mouvoir dans une atmosphère confinée ?


C’est une question de volonté. En partie. Si l’on en a l’énergie. Chaque pas en avant est une victoire. Chaque respiration, un élan de vie. Une vie rythmée par les besoins primaires. Par ce qui est important.


Jour après jour, le soleil se lève encore. Le bruit des oiseaux s’intensifie. La nature a repris un certain pouvoir. Je suis frappée par la tranquillité des arbres. Et il y a plus surprenant encore en ville : la paix de l’asphalte. On sent poindre la possibilité d’une vie parallèle, sans les femmes et les hommes.


Le paradoxe, c’est que chacun est seul et que nous vivons tous ensemble cette période. Ou du moins tous en même temps. Et s’il n’y avait pas d’autre rive ? Plus que jamais, les petits bonheurs sont finalement dans les détails. Le beau est dans un sourire de l’autre et dans un instant de danse volé à la longueur de la journée. On arrache au temps quelques minutes d’insouciance en riant, en bougeant et en parlant.


C’est peu de choses. Et c’est ce qui fait du bien. La colline de l’âme. Ou encore la puissance des mots et des regards. A sa fenêtre, chaque jour, remarquer le temps qu’il fait. Y accorder enfin de l’importance. Parler de la pluie et du beau temps devient une activité à part entière qui gagne ses lettres d’humanité.


Les concepts de management, de leadership et de business semblent s’éloigner. Les recettes-miracles pour réussir aussi. Ou du moins prendre d’autres formes. Toute la vie se métamorphose. La famille. Le travail. Les échanges. Et la liberté aussi. Qu’en reste-t-il ? Des bribes. Et aussi d’élégants vestiges : la liberté de penser surtout. Et jusqu’à quand ? J’ai l’impression d’avancer sur un fil. Une funambule sur un vélo. Je suis une maman qui dit à ses enfants que chaque matin aura un goût de miel.

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