Tu es trop ceci ou pas assez cela


Aussi loin qu’il t’en souvienne, tu as toujours eu le sentiment d’évoluer dans l’excès ou, à l’inverse, de te réfréner en permanence, ou bien encore de te réinventer à tout bout de champ. On te dit à n’en plus finir que tu es trop émotif ou pas assez extraverti pour réussir professionnellement.


Ou alors on te reproche ton manque d’empathie vis-à-vis de tes collègues, et encore ton caractère trop démonstratif en réunion. Dans ce brouhaha incessant, tu as l’impression d’entendre tout et son contraire. Et de ce fait, tous les conseils lancinants semblent s’annuler quand il s’agit de l’attitude à adopter au sein de ton organisation.




Préambule : Entre camouflage bariolé et vue panoramique sur l’océan


Parce que cette question de la posture professionnelle m’est très souvent posée à travers les séances de coaching, j’ai envie de te faire vivre un périple fabuleux à travers quelques exemples simples et récurrents dans les organisations.


Que tu te sentes capitaine, caméléon ou bien océan bleu, il est intéressant pour toi de connaître les avantages ainsi que les risques de chaque type de posture et de pouvoir y naviguer en toute connaissance de cause.


Bien sûr, je pourrais aborder ce sujet de manière beaucoup plus aride mais je préfère te raconter une histoire illustrée et facile à mémoriser. Je prends donc le pari de te livrer un récit bref qui te permettra ensuite d’agir et d’adapter tes comportements selon les situations traversées, et aussi en fonction de tes objectifs professionnels du moment. Après tout, pourquoi vouloir opposer la narration et l’action ? Parler, c’est bien dessiner le monde, ou plus exactement façonner le tien.


1 - Le capitaine tient bon la barre


Les avantages de la rectitude

Parce que c’est une mécanique bien huilée, il est grisant pour toi de te laisser emporter par l’euphorie de la rectitude. En effet, celui qui se présente en capitaine de ses pensées et de ses troupes offre à ses congénères le visage de quelqu’un qui répond consciencieusement aux attentes de l’organisation dont il dépend.


Cette posture tout en contrôle est en ligne avec les besoins de réassurance des équipes sur le terrain ainsi qu’avec ceux des instances dirigeantes. En bon manager de proximité, le capitaine est donc capable de satisfaire aussi bien son équipage direct que ses donneurs d’ordre, tels que le Comité de Direction ou les actionnaires. Inlassablement, tu montres le cap et tu t’y tiens avec l’aide de tes collaborateurs, qui ont le sentiment d’être sur une voie toute tracée, dans ton sillage bienveillant.


Les risques de l’excès de rectitude

Cette posture n’est cependant pas sans risque. L’excès de rectitude induit parfois une rigidité dans l’application des process. A force de vouloir respecter ce que tu t’es fixé, tu pourrais bien aller fracasser la coque du navire contre les rochers. Dans certains cas, le respect des normes à la lettre tourne à l’absurde. Lorsqu’un obstacle surgit subitement, il est préférable pour toi de savoir dévier de ta trajectoire et de réévaluer ta stratégie.


De plus, être parfait ou vouloir s’en approcher est une posture qu’il te sera difficile de tenir sur le long terme. Dans cet univers mental de conformité, tu vivras le moindre faux pas comme un danger de mort imminente. Il y aura donc un effet d’amplification des erreurs. L’un des risques pour toi est par exemple l’épuisement professionnel car l’hyper contrôle est loin d’être de tout repos pour celui qui s’y attèle. Si tu sens que tu es dans l’excès de rectitude, tu peux songer à revendiquer de temps à autre ton droit à l’erreur auprès de tes pairs. C’est humain et c’est important de garder en tête que tu peux te tromper ponctuellement, même en entreprise, même en étant perfectionniste. Sans que cela ne revienne remettre en cause ta droiture et ta fiabilité de manière irrémédiable.


2 - Les tribulations du caméléon en eaux troubles


Les avantages de l’adaptabilité

Dans un contexte économique incertain, tu pourras préférer adopter la technique du caméléon, qui te permettra de naviguer à vue chaque jour. Cet exercice requiert des qualités aiguisées d’observation. L’air de rien, tu te synchronises avec l’environnement. A chaque matin sa couleur. Tu t’adaptes à l’air du temps.


Pour ne pas faire de vagues, tu acceptes le consensus, aussi insipide soit-il. En bon caméléon, tu as à cœur de faire plaisir à tes collègues en leur proposant un effet miroir valorisant. Cette posture est donc en lien avec la démonstration d’une extrême souplesse, voire d’une hyperlaxité relationnelle, plutôt propice à l’harmonie professionnelle et à la paix sociale.


Les risques de l’excès d’adaptabilité

A ce jeu-là et à la longue, tu peux avoir la sensation de disparaître insidieusement derrière le collectif tout puissant. Le sens du camouflage est épuisant pour toi sur le long terme. Il provoque un sentiment de perte d’identité et de gommage des repères. Et au fond, tu en arriveras à te demander : pourquoi moi plutôt qu’un autre ? L’adaptabilité à outrance vient alors mettre à mal ta légitimité dans l’organisation et aussi ta capacité à te démarquer et à évoluer professionnellement.


Si tu vois les choses d’un point de vue pragmatique, ta carrière pourrait bien mourir de discrétion à petit feu. Autrement dit : à force de te fondre dans le décor, tu finiras par faire tapisserie au sein de ton entreprise. Ou plante verte, si cette image te paraît plus rafraîchissante.


3 - Les charmes de l’océan bleu


Les avantages de l’indépendance

L’une des façons pour toi d’éviter les rôles de capitaine et de caméléon est de t’extraire du chemin emprunté par tous tes collègues. L’idée serait plutôt de créer ta propre voie. Comme on fait ses traces dans la neige blanche et vierge au petit matin. Tu quittes alors l’autoroute « corporate », tu roules effrontément et les chemins de traverse deviennent tes alliés intimes.


Pour ce faire, tu te libères progressivement de certaines croyances limitantes concernant le temps de présence, la productivité ou encore le charisme. Tu prends conscience du poids des stéréotypes et tu crées quelque chose de nouveau. Certains diront que tu sors du moule et des diktats de la culture d’entreprise. Avec ton propre bagage, tu assumes de te différencier des autres membres de ton équipe. En traçant ta propre voie, tu trouves une voix unique, qui te rend enfin audible dans le capharnaüm ambiant. Et cela te revigore !


Les risques de l’excès d’indépendance

Oui mais voilà : si tu ouvres trop grand les vannes, tu peux rapidement te transformer en un druide incompris. Pour rester efficace professionnellement, il paraît essentiel que tu continues à communiquer avec tes semblables. Si tu ne le fais pas régulièrement, tu risques de perdre pied avec les règles de base du savoir-vivre ensemble et avec la cohésion d’équipe.


La magie au travail est une question de dosage. A moins de vouloir finir seul en mer, il sera judicieux pour toi de composer de temps à autre avec certaines conventions professionnelles, comme les réunions, les échanges de mails ou encore les partages d’agendas ! Tu acceptes les escales et le ravitaillement.


Epilogue : La pluie, avant qu’elle ne glisse sur ton ciré !

Suivant la météo et ton état d’esprit, tu montes au créneau pour toutes les couleurs de ta vie professionnelle. Chaque expérience est alors un nouveau chapitre qui te raconte et te construit à la fois.


Comme dans un bon roman, les personnages et les faits sont rarement monolithiques, ils sont bien souvent porteurs de sens et de complexité. Ta vie apparaît donc comme féconde et contrastée. Et alors, qu’importe la posture, pourvu qu’il y ait l’ivresse de la narration de soi…


Pour faire simple : tu es qui tu es. Si tu l’acceptes, les regards extérieurs se font plus légers. Quand le besoin s’en fait sentir, tu deviens le caban élégant, intemporel et réconfortant que tu aimerais porter. Effet déperlant garanti !

50 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout